Antoine Bourdelle et Héraklès archer
Émile-Antoine Bordelles, dit Antoine Bourdelle, (1861 – 1929) est un sculpteur français.
Réalisée en 1909, Héraklès archer est sa sculpture la plus connue. Elle représente l'un des douze travaux d'Héraclès, celui où il doit abattre les oiseaux du lac Stymphale.
Pour la création de cette œuvre, Antoine Bourdelle demanda à son ami le commandant André Doyen-Parigot (1864-1916) de poser pour lui. Ce militaire était un sportif accompli et il aurait posé pendant un total de dix heures. Il tenait un manche à balai en guise d'arc. Le déploiement du corps et la tension des muscles exigés par le tir à l'arc mettent en valeur la musculature du modèle accomplissant deux efforts contraires, celui du bras tendant un arc et celui du pied prenant appui sur un rocher.
Son visage apparaît sur le bronze de la cinquième étude de Bourdelle, la plus aboutie de toutes les éditions produites, mais l’officier qui s’asseyait pour lui ne voulut pas être reconnu, et ses traits disparurent dans la sixième esquisse, devenant plus stylisés. Bourdelle modifia la tête de son modèle, celui-ci ayant demandé qu'il soit impossible de le reconnaître.
La statue figure le demi-dieu dans une position d'équilibre précaire. Le corps est en tension, un effet rendu par la position des membres. L'impression de dynamique est rendue par le jeu entre pleins et vides. L'anatomie d'Héraklès est vigoureuse et musclée, pour donner une image de force démesurée, de héros puissant : Bourdelle a pour cela rajouté des muscles qui n'existent pas dans un corps réel. Le pied gauche du personnage, posé sur le rocher, évoque une patte de lion. Les mains ressemblent à des griffes. Aucune corde ni aucune flèche ne sont représentées. Le geste de l'archer est fidèle à la position des tireurs de l'Antiquité qui utilisaient un arc d'un seul tenant (longbow) alors qu'aujourd'hui, les athlètes utilisent un arc qui se démonte, en plusieurs morceaux.
Héraklès archer est une sculpture de style classique moderne. Elle s'inscrit dans une tradition ancienne de représentation du corps humain : par son sujet, la statue du demi-dieu se place dans la continuité de l'art grec, en particulier des grands bronzes. Le nu masculin, fréquent en sculpture pendant l'Antiquité, tend à disparaître au Moyen Âge, pour réapparaitre à la Renaissance. Alors qu'au début du XXe siècle apparaît la désignation de « nu », les artistes modernes remettent en cause l'art figuratif avec le cubisme, puis avec l'art abstrait.
Bourdelle choisit quant à lui de réaliser des œuvres figuratives. Il respecte les éléments de la statuaire classique : narration, technique du bronze, nu masculin athlétique, sujet mythologique... L'Héraklès archer de Bourdelle reprend différents styles de sculpture : la position d'équilibre et la tension du corps rappelle les recherches esthétiques de la sculpture hellénistique. Le dos excessivement musclé fait penser à celui du Torse du Belvédère (Ier siècle av. J.-C.). Le visage s'inspire des statues de l'Antiquité grecque primitive et de l'art roman du Moyen Âge.
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